La légende d’Orson — Chapitre 3

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En traversant la ville, chacun avait fermé sa porte par crainte du sauvage. Valentin se présenta à la cour du roi en tenant la main d’Orson. Pépin fut si enchanté de revoir Valentin vivant et vainqueur, qu’il organisa des festins et toutes sortes de réjouissances. Ses deux fils légitimes Henri et Hauffroy cachèrent bien leur déception.

Les ducs, chevaliers et Pépin, intrigués par cet être mi-homme mi-bête, l’emmenèrent en cuisine pensant qu’il avait faim. Orson voyant deux gros poulets en train de cuire à la broche ne se demanda même pas s’ils étaient prêts et les avala aussitôt. Il trouva une cruche remplie de vin qu’il but d’une seule gorgée. Puis, il s’allongea dans un coin où il s’endormit. La cour entière riait de bon cœur d’assister à un tel spectacle.

Plus tard, Églantine et les dames demandèrent qu’on leur amène ce fameux sauvage. La fille du roi avait surtout envie de revoir Valentin. Une fois dans la chambre des dames, Orson se jeta dans le lit et sauta en soulevant les draps. Les dames rougissaient de le voir si fort, si velu et si libre. Lorsqu’il en eut assez, Orson retourna en cuisine pour dévorer un porcelet. Sauf que cette fois, le cuisinier entra et de peur il attrapa un gros bâton pour le frapper ! Bien entendu, le sauvage se défendit et agrippa le pauvre homme qui perdit connaissance.

Henri et Hauffroy ne manquèrent pas cette occasion pour demander au roi de pendre ce dangereux sauvage incontrôlable. Ils avaient bien vu que Valentin s’était attaché à lui. Orson alla prendre le bâton avec lequel il avait été frappé et montra avec de grands gestes et des sons grotesques ce qu’il s’était passé. Il réussit à faire de nouveau rire le roi, mais surtout il s’était fait comprendre ! Ainsi Orson fut pardonné. 

Voici comment allait la vie à la cour du roi.

Un matin, un messager vint du duché d’Aquitaine pour informer le roi Pépin que le duc Savary était pris dans un pénible piège. En effet, un chevalier gigantesque nommé le Vert Chevalier avait tenté de conquérir ses terres. Le duc tint siège assez longtemps, mais réussi à retenir ses assauts grâce à un subterfuge. Il promit la main de sa fille Fezonne, dont la beauté était légendaire, à celui qui parviendrait à vaincre le géant dans un délai de trente jours. Si personne ne se montrait digne d’un tel exploit, alors le Vert Chevalier gagnerait le mariage et les terres.

Valentin était encore soumis au destin et il désirait plus que tout découvrir ses origines, savoir qui était sa mère et son père. C’est ainsi qu’il accepta de se rendre en Aquitaine accompagné d’Orson et dit au roi qu’il ne reviendrait pas sans connaitre sa lignée. Ils se mirent aussitôt en route.

En entrant sur les terres d’Aquitaine, ils rencontrèrent un pèlerin qui leur demanda le chemin pour trouver audience auprès du roi Pépin. Il leur apprit qu’il venait, après vingt ans d’errance, donner des nouvelles de la sœur du roi qui avait trouvé refuge chez le géant Ferragus. Celui-ci se portait garant de l’honnêteté de cette reine déchue. L’histoire nous dira, plus tard, que ce pèlerin n’était autre que Blandimain, l’écuyer de dame Bélissante. Et il poursuivit sa route vers le Royaume de France.

En arrivant en Aquitaine, le duc recevait à sa table tous les chevaliers prêts à combattre, parmi lesquels se tenaient Orson et Valentin. Lorsque sa fille Fezonne entra dans la pièce, chacun put avec émerveillement considérer l’incroyable beauté dont elle était dotée. Mais celle-ci n’eut d’yeux que pour Orson qu’elle trouvait fort et de belle allure malgré son absence d’éducation. Le sentiment semblait partagé, car, Orson tomba amoureux immédiatement !

Au milieu du repas, le Vert Chevalier fit irruption, comme chaque soir, dans la salle à manger. Il venait voir sa promise et considérer les chevaliers qu’il affronterait le lendemain. Le géant s’exprima ainsi : « Je vous regarde tous, mais aucun de vous ne saura me vaincre ! Ma sœur, qui a le don de voyance, a su dès ma naissance que seul un fils de roi qui n’a jamais été allaité par une femme pourrait me mettre à terre ». Et il sortit.

Le lendemain, trois chevaliers périrent sous les coups du Vert Chevalier. Orson fit savoir à Valentin qu’il désirait épouser la belle Fézonne, qui ne cessait de le regarder avec ardeur. Ils s’accordèrent donc pour que le sauvage aille affronter le géant. Mais Valentin s’était attaché à Orson et ne voulait pas que mal lui arrive. Alors il lui fit revêtir sa propre armure et porter ses armes. Chacun trouva le tableau bien étrange, car habillé ainsi, Orson ressemblait à s’y méprendre à Valentin. Même le Vert Chevalier en fut trompé.

Sur le champs de bataille, Orson ne donna aucun répit à son adversaire, il fonça droit sur lui et l’attrapa pour le jeter à terre. Le Vert Chevalier ne parvenait pas à se défaire de son emprise et essuyait des coups d’une force extraordinaire. Lorsque Orson était sur le point de l’achever, Valentin intervint pour arrêter le combat. Il demanda au Vert Chevalier s’il souhaitait s’avouer vaincu et se déclarer prisonnier. Tandis qu’Orson le tenait sous son joug, le chevalier dit « Qu’il aille décrocher mon blason en haut de cet arbre, seul celui destiné à me vaincre en sera capable et si c’est bien lui, j’accepterais qu’il soit mon maître »

Orson alla près de l’arbre et le blason lui tomba dans les mains au grand étonnement de toute l’assemblée. Le Vert Chevalier plia les genoux devant Orson et ajouta : « seul le fils d’un roi peut me vaincre. Allez voir ma sœur Esclarmonde, en Espagne, elle sait tout et voit tout, elle pourra vous dire à quelle lignée mon nouveau maître appartient ». Valentin comprit qu’il pourrait aussi découvrir ses propres origines. Il demanda au Vert Chevalier d’aller rencontrer le roi Pépin pour être pardonné de ses méfaits et de les rejoindre en Espagne.

Le duc de Savary organisa une fête en l’honneur du vainqueur. Valentin et Orson se présentèrent à la belle Fezonne à qui il fut demandé si elle acceptait le mariage avec celui qui avait délivré le Royaume. Cette dernière dit oui sans cacher ses élans. Mais, le mariage devrait attendre, car les deux frères qui ignoraient encore qui ils étaient devaient partir pour l’Espagne et découvrir leurs origines.

Dans le prochain chapitre nous saurons ce qu’il advint de Bellissante et comment son frère Pépin, comprenant qu’elle avait été victime d’une machination, se rendit à Constantinople. 

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